Le burnout du soignant : quand aider rend malade !

 

Le Burn Out du soignant peut toucher toutes les catégories des personnels de santé, chefs de service, médecins, internes, cadres infirmiers, infirmières, aides soignants… Ce syndrome d’épuisement ne s’exprime pas de la même façon pour toutes les personnes, mais il est d’autant plus important à prendre en compte que les personnes concernées sont surexposées à des situations difficiles.

Les professionnels de santé sont admirés car dévoués, solides, compatissants… Ils s’investissent souvent au point de ne pas parler de leurs propres difficultés dans l’exercice de leur métier. Il s’opère une forme de refoulement, comme si s’occuper des autres ne les autorisait pas à se plaindre.

Dans ce cas, ce n’est pas un stress ponctuel mais la répétition d’un stress. Cette répétition aboutit à l’épuisement. Les manifestations ne sont pas forcément spécifiques. Elles peuvent apparaître sous diverses formes, anxiété, nervosité, perte de sommeil, dépression, agressivité, voire même indifférence…

On retrouve le plus souvent une des trois caractéristiques suivantes : l’épuisement, le sentiment de ne pas s’accomplir dans son travail, l’impression de ne pas se reconnaître (changement de caractère ou de comportement)

 

Le phénomène de Burn Out dans les professions de santé est important

Ce phénomène traduit le fait que la performance de l’hôpital est en réalité sous perfusion

Selon le Copenhagen Burn Out Inventory, le pourcentages de professionnels de santé touchés par le Burn Out en France est un des scores les plus élevés d’Europe. Selon les études épidémiologiques, les statistiques varient mais estiment que 25 à 40% des soignants sont épuisés. Dans les services de réanimation de pédiatrie, ou de cancérologie ce taux peut être beaucoup plus élevé.

Plusieurs facteurs peuvent limiter le sentiment d’accomplissement professionnel du professionnel de santé

 

Facteurs 1 : le rapport aux patients, la relation à l’aide

 

Le professionnel de santé est dans un rapport de soin à l’autre. Ce soin n’est pas forcément le soin en tant que geste, mais la position d’avoir à s’occuper de l’autre. Faire un diagnostique, choisir un traitement, prendre des décisions pour la santé du patient, répondre aux questions du patient pour l’éclairer sur sa maladie, communiquer avec les familles, prendre en charge la douleur, accompagner la fin de vie…. Il y a nécessité d’être en capacité d’accompagner l’autre dans la maladie tout en restant à sa place de soignant.

Le Burn Out chez le professionnel de santé est une démonstration forte de la difficulté d’aider. C’est une erreur de penser qu’aider est facile. Aider est une des choses les plus compliquées au monde. Aider expose la personne qui aide aux risques de « se brûler les ailes ». Les aidants peuvent se perdre eux-mêmes dans cette relation d’aide à l’autre. Il ne faut pas penser que la solution est simple. Chaque patient est unique. Chaque soignant aussi. Dire qu’il faut une attitude bienveillante est un voeux pieux qui ne tient pas compte de la diversité et de la répétition des cas auxquels est exposé le soignant.

Aider pose aussi la question de la place du soignant dans la relation à l’aide. Du tout empathie à une attitude trop distante avec le patient. Dans tous les cas, le soignant ne doit pas oublier de s’occuper de lui-même

 

Risques inhérents à cette position d’aidant :

Aider entraîne dans certains circonstances un sentiment de baisse de moral, voire d’épuisement car aider nécessite le déploiement d’une énergie positive et clairvoyante. Or, le contexte n’est pas simple car il s’agit de s’occuper de la vie des gens. L’usure guette.

Les professionnels de santé sont surexposés à des situations difficiles, les inquiétudes des patients, la douleur, la maladie, et parfois le décès du patient. Au fil du temps, ils peuvent ressentir une forte déprime liée à ces situations douloureuses.

Aider ne doit pas signifier aussi être soumis à autrui. Poser la relation à autrui comme relation prioritaire peut comporter des risques. Si le soignant se sent trop seul et trop responsable d’autrui, la relation est à sens unique et le risque est qu’il se confonde avec son patient, perd son recul et investisse affectivement la relation avec le patient. C’est la répétition de relations ‘trop aidantes’ qui peut ainsi menacer le soignant.

 

Facteurs 2 : l’organisation du soin

 

Le milieu hospitalier n’est pas un environnement comme les autres. On y accompagne la vie humaine. Le professionnel de santé se retrouve en situation de stress si cette organisation n’est pas optimale ou si l’ambiance dans le service n’est pas bonne.

 

Plusieurs critères rentrent en compte :

  • l’organisation du service
  • rythme de renouvellement de l’équipe (ex : en cas de turnover important)
  • la définition des rôles de chacun
  • la charge de travail
  • la qualité du personnel soignant (l’incompétence d’une personne pouvant être perçue par les autres comme un risque)
  • l’adéquation entre les effectifs et les besoins réels pour le soin
  • la nécessité de répondre à l’urgence avec réactivité
  • les ruptures de rythmes dans le travail (priorité à un autre patient)
  • l’absence de soutien psychologique (cellule d’écoute)
  • les déplacements multiples (nombreuses chambres, salle infirmière, laboratoire…)
  • peu de temps pour la parole avec le patient
  • peu de temps pour la parole entre professionnels de santé

 

Risques inhérents aux problèmes organisationnels

  • Sentiment que la qualité du soin dépend trop de vous (peur de la rupture dans la qualité du soin)
  • Sensation de courir après le temps pour aller d’un lieu à un autre
  • Usure lié à la déshumanisation du métier
  • Impression d’isolement (peu d’échanges dans l’équipe)

 

Facteurs 3 : l’environnement de travail

 

Travailler en milieu hospitalier n’est pas classique. Les lieux sont soumis à des normes qui en font des endroits très standardisés. Les équipements traduisent une technicité, une modernisation aussi de l’approche patient. Les machines et leur bruit peuvent être aussi dérangeants (alarme, bruit des machines, …). On peut souvent parler d’un univers froid : successions de couloir, peinture blanche, lumière forte, odeur des produits désinfectants….

 

Risques inhérents à l’environnement de travail

  • Saturation des sens
  • Usure lié au fait d’être dans un lieu impersonnel

 

Facteurs 4 : le contexte budgétaire

 

Le déficit chronique de certains hôpitaux entraînent des changements dans le mode de gestion et d’organisation de hôpitaux. Les hôpitaux doivent gérer les services hospitaliers comme une entreprise le ferait avec un compte d’exploitation… On y étudie le taux de remplissage, le nombre d’actes facturés, la quantité des impayés…. Le résultat économique est valorisé au détriment du résultat humain ce qui désoriente nombreux soignants. Plus de charges administratives pèsent sur ces professions qu’auparavant. Ce qui conduit certains à se poser la question de leur vocation.

Le contexte budgétaire entraîne aussi des contraintes en terme de dotations de matériel et de mise à disposition de personnel.

 

Risques inhérents aux restrictions financières :

  • Crainte de l’erreur médicale liée au manque d’effectifs
  • Temps de renouvellement long pour un matériel défaillant
  • Désintérêt pour une fonction devenue trop administrative
  • Peur de la défaillance d’un matériel non renouvelé

 

Facteurs 5 : la société change et fait jouer aux soignants un rôle plus lourd dans la maladie

 

La vie moderne repose sur une société du plaisir où le bien-être est mis en avant.

Les familles prennent moins en charge les personnes malades et les personnes en fin de vie. Elles comptent sur l’hôpital ou sur des instituts spécialisés pour prendre en charge leurs proches. Dans ce contexte, l’hôpital concentre toutes les souffrances que la société refoule et rejette à la marge. Les professionnels de santé doivent assumer un rôle sociétal nouveau plus lourd que dans le passé. La confrontation à un patient seul en est un exemple. Il n’est pas rare que certains patient aient peu ou pas de visites.

 

Risques inhérents au nouveau rôle des soignants dans la société

Le soignant concentre plus de responsabilités que ce que sa fonction prévoit. Pour les personnes seules, il pourra avoir tendance à apporter lui-même de l’aide extérieur. Par exemple, amener une serviette de toilette, du savon…. Ces actes sont généreux. A la longue, le soignant peut s’attacher au patient de manière trop importante. Or, il doit faire face tous les jours à une succession de situations identiques. Pour tenir moralement, l’attachement marqué comporte un risque d’usure.

 

Facteurs 6 : une médecine technique

 

La médecine moderne est performante et gagne chaque jour en efficacité, sur les taux de guérison, la qualité de vie des patients… Ces gains sont le fruit d’une médecine plus technique, avec des protocoles thérapeutiques pointus et du matériel d’investigation très performant. La société exige de la médecine des résultats même dans les situations difficiles. Les échecs sont moins fréquents et quand ils surviennent ils sont plus difficiles à accepter par le professionnel de santé. La société attend de la médecine qu’elle ait réponse à tout.

Parallèlement, le soignant s’abrite plus derrière une technique, des bilans, des résultats parfois au détriment du contact humain qui permet d’appréhender son patient, son état, son moral qui sont des composantes essentielles de sa vie en tant que malade.

Enfin, le développement de la médecine ambulatoire change la vie à l’hôpital. Seuls les patients les plus graves y résident. Le patient dit ‘léger’ peut recevoir ses soins chez lui. La concentration de patients lourds est une charge importante pour le professionnel de santé.

 

Risques inhérents à la nouvelle organisation de la médecine autour de la technique :

  • Perte de contact avec la réalité humaine du patient (il devient un chiffre, une statistique…)
  • Epuisement émotionnel lié à la concentration de patients lourds
  • Evolution avec une médecine technocratique au détriment de la prise en charge humaine